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Affaire Battisti : Parjure gouvernemental et vengeance d'Etat

 

Qu’on me permette ici, dans les pages du journal qui incontestablement a présenté avec le plus de constance et de fermeté sur les principes tenants et aboutissants de la tentative pour renier la parole donnée et les engagements d’un état souverain, de faire part de quelques remarques que je ne crois pas avoir eu l’occasion de lire jusqu’alors.

Je précise que bien qu’auteur de roman noir moi-même, je n’ai pas de liens particuliers d’amitié avec Cesare Battisti. Tout au plus nous sommes- nous croisés à deux ou trois reprises dans un salon polar sans échanger plus de trois mots et une poignée de main polie.

Que, militant du PCF dans les années de plomb italiennes, je ne nourrissais aucune tendresse particulière pour les différents groupes d’extrême gauche italiens, que j’ai toujours vu dans l’assassinat d’Aldo Moro une machination et une manipulation des Brigades rouges par une partie de l’appareil d’état italien en liaison avec la CIA.

 Là n’est pas l’essentiel : qu’on me permette simplement d’évoquer une date. Juillet 1962. J’ai 12 ans lorsqu’un matin, vers 7 heures, des cris abominables me bouleversent au creux du lit familial.  L’OAS vient d’ « exécuter » à Aix-en-Provence, le commandant Joseph Kubasiak, gaulliste notoire, accusé de ne pas lui avoir livré les clefs de la forteresse de Blida quelques mois plus tôt.

Les détails du crime sont horribles. Il suffit de se rapporter à la presse de l’époque pour s’en persuader. Ceux des assassins qui n’ont pas fui à l’étranger seront arrêtés et condamnés.

1968 : patronat et bourgeoisie ont senti le souffle du boulet, la réaction serre les rangs, on accueille à bras ouverts les « enfants perdus ». Les portes des prisons s’ouvrent devant les généraux félons et les hommes de main du terrorisme. On ne tardera pas à les retrouver dans les Comités de défense de la République, celle-là même qu’ils voulaient étrangler et dans les rangs du « syndicat » fascisant C.F.T. . 20 ans plus tard, j’aurai la surprise de retrouver le chef du commando à la une d’un journal du Sud-est et d’y apprendre sa nomination comme « Monsieur Sécurité » d’une grande ville du midi.

 Messieurs Perben et Sarkosy, qui n’ont pas hésité à bannir toute réserve, pour alimenter eux-mêmes en détails sanglants et contestés la rumeur et justifier par avance l’injustifiable, le retour sur la chose jugée et, plus grave à mes yeux, le parjure gouvernemental à des fins infiniment politiques, sont plus prolixes pour évoquer l’histoire de l’Italie que celle de leur propre pays, qui est aussi le nôtre ! Et s’ils ne se privent pas pour critiquer l’ amnistie officieuse accordée par Mitterrand, on constatera qu’ils restent silencieux sur celle que le même président avait accordé aux anciens mutins, rétablis dans leurs droits !

 Exit donc les crimes de l’OAS, dont la liste est longue, exit ceux du G.A.L, dans la responsabilité desquels ont trempé divers gouvernements espagnols et français, pour ne citer que ceux qui concernent l’ Europe.

 Qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit : le terrorisme m’a toujours semblé une impasse, spécialement lorsqu’il frappe aveuglément. Mais la vengeance d’état en est une autre, et aussi une preuve de faiblesse, surtout lorsqu’elle s’inscrit dans un contexte électoral.

 Quitte à  surprendre, voire à choquer, je dirai haut et fort qu’une des manières d’empêcher l’extradition de Battisti et, au-delà, d’autres militants  réclamés par Berlusconi et des ministres italiens au passé très noir, ce sera d’expédier le 28 mars un K.O.  profond à la Droite. 

 ( Article paru dans L’HUMANITE du mercredi 24 mars 2004 )