Coups de Gueule Coups de Cœur

 

Blankass ou la vraie Rock'n'roll Attitude

 

Connaissez-vous Blankass ? (24 octobre 2003)

Si oui, ce  Coup de cœur  ne vous apportera pas grand-chose.

Si non, peut-être aurez-vous envie de découvrir ce groupe de rock français que j’écoute en alternance avec Allain Leprest - au lieu de « commémorer » ad libidum Brel, qui ne trouverait pas de maison de disques s’il débutait aujourd’hui, qu’attendent les intellos pour imposer le plus authentique auteur-interprête vivant ? - Mr Eddy – pour lequel j’ai toujours un faible ( jetez-vous sur l’interprétation B.D. de Maëster pour Pas de Boogie-Woogie – éditions Soleil ), Bruce Sringsteen, Pete Seeger ( le père du folk engagé aux Etats-Unis et une des figures les plus nobles de la Gauche américaine ), sans compter, pêle-mêle, Little Bob, Tchaïkovski, Dvorak, Romain Didier, Ferrat of course et quelques-autres selon mes humeurs et mes états d’esprit.

Mais j’en reviens à Blankass.

Je les ai découverts il y a un moment déjà avec La couleur des blés, une chanson qui, sans que j’en comprenne les raisons exactes, m’a beaucoup touché. Comme je n’avais pas le texte sous les yeux, j’ai cru un moment entendre « … mais ce salopard a dit… » au lieu de « …c’est ça le paradis… » et compte-tenu de la teneur générale du texte qui parle – aussi – de la peine et de la douleur des hommes, mon côté coco-révolté a trouvé à vibrer dans cette forte dénonciation ! On devrait toujours se méfier des paroles - j’ai ainsi longtemps crû, parce qu’il le répétait, que Johnny était un révolté avec sa rock&roll attitude : les intermittents qui ont été rockandrollés assez rude par les vigiles et les gardes privés cet été à ses concerts savent désormais à quoi s’en tenir et j’ai balancé mes disques.

Dans le premier album des Blankass, il y avait aussi Danser avec les vieux qui me fait immanquablement penser aux dimanches après-midi au Longeau, en Meuse, où viennent religieusement danser des vieux de tous âges, java, slow, musette, rock aussi parfois. Il y a là le dur de Commercy avec sa Madeleine, l’ancien sidérurgiste de Longwy, le mineur de fer de Trieux, le cheminot de Jarny, et en eux se conjuguent le dernier ridicule et la plus authentique tendresse humaine. Blankass évoque leurs frères et sœurs d’ailleurs avec des accents fraternels qui me rappellent un autre grand de la chanson, Mouloudji, que j’aime tant.

Et puis il y avait aussi  Maria , qui, irrésistiblement, me replonge dans mes seize ans, lorsque nourris de Hugo, de Dumas et de quelques autres, mon pote Christian – salut « Hombre », si tu me vois là-haut où tu t’es envoyé trop tôt – et moi, nous voulions aider des créatures à la « Rédemption ». Et puis, il y avait encore l’extraordinaire Monsieur le Garagiste – pourquoi ne pas la reprendre en scène, les gars ?- que nous chantons depuis en famille, en voiture, Edith, Alexandre et moi, sans oublier Pierre, 15 ans, nourri de rap et d’Eminem ( ouais, le gros con pourfendeur de « pédés » !)…

Le nouvel album, L’ Homme fleur comporte lui-aussi quelques joyaux : le superbe Pour la lumière, que devraient écouter pas mal d’humanistes de salons amateurs de pauvres et de déshérités vus de loin - le nostalgique L’Homme fleur, le fraternel Les Miens … J’espère d’ailleurs en être ! 

Le mieux, c’est de vous ruer chez votre disquaire – s’il en reste un là où vous vivez – ou dans ces supermarchés déguisés de la culture où commencent à s’organiser les employés mal payés – et d’acheter les trois disques de Blankass.

Vous y prendrez un formidable bol d’humanité, de fraternité et de rythme, vous y entendrez du Rock intelligent, où la musique, capitale, ne remplace pas cependant le texte, des disques pleins de force, de musique et de mots qui consolent, aident, provoquent, mettent du sel sur les plaies et du baume dans les cœurs.

Et puis, si Blankass passe par chez vous ( Tous renseignements sur www.blankass.com ) allez voir Guillaume et ses amis – de superbes musiciens - de toute urgence, je rembourse ( ou j’assomme) toute personne qui  reviendrait déçue du voyage.  Devant 30 000 spectateurs ( Fête de l’Huma 2003 ) comme devant  250 amateurs ( Grenier à sons à Cavaillon ), les Blankass jouent et chantent en donnant tout ce qu’ils ont dans le cœur et dans le souffle, sans compromis, sans se ménager, comme s’ils ne reprenaient pas la route le lendemain. ( 7 rappels à Cavaillon, 2h 30 de concert non-stop !).

 Allez, j’arrête ! On va croire que je suis payé ou que je vire groupie…

Simplement, vous-aussi, osez passer par la Croisée des hasards, vous y ferez des rencontres, celles qui marquent, celles qui rendent meilleurs, celles qui permettent de vivre, tout bêtement !

 

« Dis-moi par hasard, dis-moi par hasard…
Est-ce que ton cœur a séché ?
Est-ce que tu sais pleurer ?
Dis-moi pourquoi tu n’entends pas
Tous les bruits des grands soirs
Les cris des grands soirs »

 

( La Croisée des hasards  Album  L’Homme fleur  2003 Disque UP Music )