Coups de Gueule Coups de Cœur
 
Courrier (sans réponse)
du 13 août 2001 au journal Marianne
 

A MARIANNE, "LE JOURNAL DES LECTEURS"
(j'en suis un, une semaine sur deux environ), en espérant que ses colonnes ne s'ouvrent pas seulement à certaines catégories de correspondants...)

J'avais d'abord décidé de ne pas écrire. Car, pour ne rien cacher, je trouvais aux articles de Jack Dion un fort goût de réchauffé: n'avais-je pas, il y a deux ou trois ans, échangé avec lui plusieurs lettres, à propos, déjà, de ses mises en cause de Daeninckx dans L'Humanité?

Mais il m'est impossible de me taire plus longtemps en découvrant l'article de Delteil et celui du "malicieux" Brethes, car, une telle place, un tel chapeau, ça n'est plus du courrier...

Ainsi Delteil et son disciple osent parler d' "indifférence médiatique générale". La tentative de bastonnade à La Bastille, à laquelle le premier nommé a participé (malgré les contradictions des nombreux courriels dont il m'a abreuvé...) a été largement couverte par une presse, soit amusée et semblant réduire le débat à un règlement de comptes entre auteurs, soit franchement hostile à Daeninckx, à la réserve de Charlie-Hebdo... (J'ai moi-même dû harceler l'Humanité où les amis de Jack Dion ne pardonnent, pas plus que lui, à Daeninckx, quelques révélations et les faveurs passées dont ils avaient couvert Edern-Halier, Christian Laborde et surtout Patrick Besson, pour qu'elle passe une moitié de lettre, se "faisant pardonner" le lendemain en accueillant de nouveau la logorrhée delteillienne...)

Je n'ai pas l'envie - ni la place - de raconter par le menu tout ce que j'ai appris de cette affaire depuis que je fréquente le milieu polar. Je connais bien tous les protagonistes de l'affaire,  réunis aujourd'hui malgré leurs rivalités et leurs jalousies pour un hallali médiatique annoncé, et  je peux affirmer clair et haut : NON, Didier Daeninckx n'est pas celui qui tint après boire, dans une salle des fêtes d'une petite ville de l'étang de Berre, des propos qui ne se contentaient pas de "friser" l'antisémitisme, NON, il n'est pas au nombre  de ceux qui vidaient des verres à la santé de Céline et de Paraz, "victimes des ...", dans une petite librairie spécialisée polar, que je cessai de fréquenter alors. Que NON, décidément NON, Didier Daeninckx n'est pas celui qui, malgré un verbe révolutionnaire imparable - l'écrivain en question considère d'ailleurs Marianne comme souverainiste et petite-bourgeoise - a négocié, à au moins deux reprises, l'obtention de prix littéraires polars, dont l'un, le Prix Moncey, est le prix de la Gendarmerie, et cela, alors que la Grotte d'Ouvéa était encore dans toutes les mémoires... Que, NON, Daeninckx n'est pas non plus celui qui crache le jour sur "la merde de TF1" pour mieux en écrire la nuit ses scénarios, qu'il n'est pas plus le "nègre" de Brigitte Bardot (qu'on me comprenne bien, je n'attaque pas les "nègres", mais on n'est pas impunément le nègre d'une B.B. ou d'un N'guyen Van Loc !!!), que Didier Daeninckx n'est pas davantage cet autre qui terminait une interview en disant que "Les premières escarmouches de la guerre ont commencé. Il ne faudrait pas avoir peur de la mener sous prétexte que l'ennemi s'appelle plus souvent Farid ou Mustapha que Jean-Marie ou Bruno..." pas plus  que le gentil démocrate qui, me téléphonant vers minuit, il y a quelque trois ou quatre ans, annonçait, entre deux hoquets de rage alcoolique que " Daeninckx, on allait le buter".

On m'objectera que je n'entre pas dans le débat de fond: d'accord, mais que Marianne et Politis, l'Huma et d'autres, ouvrent alors ce débat de fond, et que ces journaux aient le courage d'entendre aussi celles et ceux qui soutiennent Daeninckx. Je m'inscris tout de suite pour une contribution.

Quant à moi, je ne peux terminer sans suggérer une explication à cette haine, une explication qui a les faveurs de beaucoup dans le milieu littéraire:  que de jalousie rentrée pendant quinze ans qui trouve tout à coup à s'exprimer !  Tous ceux qui ont rencontré Delteil et Jonquet dans des débats, des fêtes, peuvent en témoigner (les exemples en sont nombreux)... Alors ces petits messieurs qui militent essentiellement en signant des pétitions ont voulu refaire le coup du 9 Thermidor... Les corrompus, les prévaricateurs, les profiteurs de tous poils de la Révolution qui se haissent mais mettent soudain en commun toute leur haine... Mais, malgré Marianne, Politis, Jack Dion - qui a l'inimitié tenace, n'est-ce pas camarade ?- et quelques-autres, nous ne laisserons pas tomber Daeninckx parce que, simplement, pendant quinze ans, nous l'avons vu agir, et nous avons vu ce que faisaient au même moment ceux qui ont décrété sa mort politique et littéraire.

Roger Martin

P.S. 1)  Malgré leur pureté antifasciste, je n'ai pas entendu Delteil, Jonquet et quelques autres - qui avaient eux été invités - protester quand une alliance vieux staliniens-vieux trotskistes réussit à m' interdire les salons antifascistes de Gardanne puis de Martigues. Coupable d'amitié avec Daeninckx, comme Robert Deleuse, Philippe Videlier, Jean-Christophe Pimpin, Thierry Maricourt et quelques-autres, je me trouvais exclu du salon antifasciste l'année même où je venais de publier MAIN BASSE SUR ORANGE, qui me valait- et me vaut encore- de nombreuses menaces, pas seulement verbales.

P.S 2)  Comme tous ceux qui me connaissent savent bien que je ne suis pas un "cynique", j'appartiens forcément, selon le système de classification delteillien à la classe des "intéressés". Je défends naturellement Daeninckx parce qu'il m'a promis de me faire obtenir le Prix du Quai des Orfèvres et le Goncourt l'année suivante...