Roger Martin
par lui-même

Roger Martin est né le 19 février 1950 à Ronchin, dans le Nord. Très vite, il a 2 ans, sa famille se retrouve à Aix-en-Provence où il passera son enfance et son adolescence. À 23 ans, muni d’un CAPES de Lettres modernes et d’un DEUG d’Anglais, de quelques certificats d’Américain, il est nommé par l’Éducation nationale à Mont-Saint-Martin, à côté de Longwy, dans le pays-haut lorrain, terre d’immigration et de luttes sociales. Il y découvre – mais il s’y attendait un peu – que les indigènes du coin comportent grosso modo la même proportion qu’ailleurs de gens bien et de sales cons. Peut-être d’ailleurs les premiers sont-ils plus nombreux car on est en terre ouvrière et chaleur, fraternité et solidarité n’y sont pas que des mots ronflants. Il y enseignera 18 ans dans un collège considéré comme difficile, s’y mariera, y aura des enfants, y sera élu et s’occupera pendant ses quinze ans de mandats de la culture à la mairie de Mont-Saint-Martin. C’est là qu’il créera des Rencontres Policières qui recevront Daeninckx, Marvin Albert, Arnaud, Pelman, Mazarin, Delteil, Villard, Cohen, Craipeau, Mondoloni, Bellet, -Ky, John Berry, Claude Wharton, Mesplède, Schléret, Schweig, Tito Topin, Christian Rauth, Michel Favard, Michel Gourdon, Claude Desailly, Jean-Claude Bouillon, Yves Boisset, Jean-Pierre Bisson, René la Canne, Charlie Bauer, Med Hondo, William Reymond, Alain Dominici et quelques-autres…

Militant communiste contestataire, il perdra alors sa place de " dauphin " du maire – lequel ne lui a pourtant pas retiré sa confiance - pour " déviation rénovatrice " et " juquinisme ".

Bruce SpringsteenEn 1992, c’est le retour dans le midi. Décidé à se consacrer à l’écriture, la venue de Le Pen dans le département lui démontre, si c’était nécessaire, qu’on est toujours rattrapé par ses convictions. Il crée à Carpentras, avec d’autres antifascistes, le Sursaut, qui mobilisera 3500 personnes le 11 novembre 1997 et assombrira considérablement le séjour du Gros blond dans la " Capitale du Comtat ".  Il en sera le président pendant presque trois ans. Persuadé que les communistes sont les mieux placés pour freiner la progression de l’extrême droite dans les milieux populaires, il réadhère au Parti communiste, est présenté aux législatives puis aux régionales. En mars 2001, aux cantonales, il emporte au premier tour, contre toute attente, la primaire à gauche, ce que ne lui pardonne pas le candidat radical. Au second tour, il réalise 44% des voix contre le sortant RPR dans un canton traditionnellement de droite. Début février 2011, Roger Martin fait partie des 47 enseignants qui renvoient leurs Palmes académiques pour protester contre la casse de l’école publique. Il publie dans l’Humanité du 17 février sa lettre – très corrosive - à Luc Châtel, qui ne daignera pas lui répondre.

Bourré de doutes, il fait désormais sa devise d’une formule de Gramsci, qu’il a lue il ne sait où : " Il faut allier le pessimisme de l’intelligence à l’optimisme de la volonté ".

Burt LancasterVolontiers provocateur et colérique, il considère l’honnêteté et la fidélité à quelques valeurs fortes comme essentielles en politique et en littérature, aime et respecte Bernard Clavel, qui n’écrit pas de polars, d’avoir refusé la Légion d’honneur acceptée – et demandée ? – par d’autres qui en écriv(ai)ent. Son engagement est d’ailleurs inséparable de ses écrits. Qu’il s’agisse de ses enquêtes, dont plusieurs lui ont valu procès et menaces – parfois suivies d’effets – ou de ses romans qui puisent toujours dans le vivier de la politique et du social.

Rien ne l’agace plus que les modes et les gloires tapageuses. S’il aime Izzo ou Guédiguian, ce n’est pas parce qu’ils seraient marseillais – la naissance continue à être un hasard à ses yeux -, mais parce que leurs oeuvres, justement, touchent à l’universel et que l’ex-sidérurgiste de Dunkerque ou de Longwy, l’institutrice – un mot beau et fort – de Mont-Saint-Aignan ou de Pau, peuvent se retrouver dans leur monde plein d’humanité.

George CatlinBien que rationaliste – son signe ? faucille ascendant marteau ! - il a des passions de midinette – et pourquoi pas ?- voue une admiration sans borne à François Rabelais, Victor Hugo et Jack London, ses dieux, à Burt Lancaster qu’il sacre meilleur acteur américain de tous les temps, au chanteur Allain Leprest qui le fait pleurer – ce qui n’est pas, il est vrai très difficile -, à Didier Daeninckx parce que c’est Didier Daeninckx et que ça se suffit.

Il abhorre l’exhibitionnisme des sentiments, la mode qui consiste à mesurer l’intensité d’un amour à la quantité de salive et de bruit de succion produits dans les baisers de cinéma, garde une tendresse éternelle à Virginia Mayo, Ava Gardner et Faye Dunaway qui lui procurèrent des émois durables.

Jean FerratA longtemps considéré que le comble de la félicité érotique aurait été pour lui de remplacer Dustin Hoffmann dans le cuveau où Faye Dunaway lui donne le bain dans le chef d’oeuvre d’Arthur Penn, Little Big Man.

De son propre aveu, " passablement ringard ", Roger Martin aime la peinture du XIXème et Frederic Remington et George Catlin, la musique romantique et particulièrement Tchaïkovski, Brassens, Brel et Ferrat, Anne Sylvestre et Linda Le May, Marc Perrone, Richard Desjardins et raffole des folksingers de l’époque héroïque, Woody Guthrie, Cisco Houston, Leadbelly et Pete Seeger, la figure la plus noble de la gauche américaine pendant plus de soixante ans. Il a aimé Dylan, l’aime moins, Les Beatles et Joan Baez, les aime toujours, et il se retrouve volontiers dans la nostalgie de Bruce Springsteen. A son grand étonnement, il continue d'adorer Johnny, dont il ne craint pas d'entonner les tubes dans les après-repas ! (La complicité de l' "idole des jeunes" avec son producteur qui a couvert les brutalités du service de sécurité lors du conflit - c'est-à-dire la lutte - des intermittents, où des distributeurs de tracts ont été sévèrement "rockenrolés", rend caduque la ligne précédente. Désormais, c'est avec Pas de boogie-woogie avant de faire vos prières du soir et de La dernière Séance, de Monsieur Eddy, que je célèbre les fins de repas...)

Sherlock HolmesIl n’aime ni Ellroy – un authentique écrivain – ni Houellebecq, et ne comprend pas que Paul Borrelli soit ignoré de la plupart des polardeux prompts à s’enthousiasmer, le doigt sur la couture du pantalon, pour le salmigondis philosopho-métaphysico-chiantissime de Dantec. Confessions peu opportunes susceptibles de lui créer quelques nouveaux ennemis…

Roger Martin à 52 ans (et à présent 55!) a souvent peur du monde en gestation. Comme les paradis artificiels lui ont toujours fait peur, il lit, il écrit et il essaie de rêver au temps où l’on pouvait croire encore…Alors, il s’embarque dans la merveilleuse machine d’Herbert George Wells et, parfois, la chance lui sourit. Il devient Kirk Douglas dans Spartacus, Sean Connery dans les mines de Ava Garner charbon des Molly Maguires en Pennsylvanie, Burt Lancaster dans Bronco Apache.  Il tutoie Jules Vallès sur une barricade de la Semaine sanglante, empêche l’assassinat de Rosa Luxembourg ; s’engage dans les Brigades internationales…

Il lui arrive aussi de rêver qu’il publie un best-seller, qu’il passe à la télé, dit merde à Pivot et à quelques-autres, persuade ses éditeurs d’envoyer des exemplaires de presse à ceux qui les liraient, aux gens de la Ligne noire, de l’Ours Polar, plutôt qu’à 350 pseudo-critiques qui les revendent.

Dans un ultime sursaut de lucidité, il se demande pourquoi, tel Alain Delon, le Commandant Cousteau et l’abominable Nguyen Van Loc, il s’est mis à parler de lui à la 3ème personne et surtout pourquoi il inflige ce pensum à des gens qui ne lui avaient –presque–  rien demandé…

Éloge de Roger Martin par Roger Martin
Publié par romanpolicier.com

Jack LondonPérilleux exercice de style. N'est pas Fajardie qui veut !  Je me suis trompé si souvent ! Simplement, je crois pouvoir dire qu'émergent, au milieu de tant de défauts et d'imperfections, quelques qualités, que j'ai acquises - je ne crois pas qu'elles aient été innées - dans les livres et le militantisme.

Honnêteté, courage - y compris physique car, et Frédéric Fajardie ne me démentira pas, on a eu tort de laisser les fascistes en revendiquer la grandeur - sens de la justice et son corollaire haine de l'injustice, sens aigu de l'amitié, croyance absolue en l'amour, tolérance pour les petites faiblesses des uns et des autres mais colère devant la lâcheté, la combine et la chiennerie.

Pour ce que j'ai appris pendant ma jeunesse, et qui me sert encore si souvent de boussole,  je dois remercier Spartacus, Victor Hugo, Jules Vallès, Louise Michel, Jack London,  Howard Fast, le Parti communiste. Et mon père, qui ne l'était pas... (Communiste, pas père !) Alors que tant d'enseignants et d'écrivains découvrent autour de Didier Daeninckx moi les douceurs de la Bourse tout en hurlant devant l'Horreur économique, je veux me rappeler qu'il disait que "seul l'Homme travaille, pas l'argent".

Je revendique donc un ultime défaut: une indécrottable naïveté.

Je dois à la plus simple objectivité de rappeler quand même que mes prises de positions et mes activités militantes m'ont valu d'être traité à peu près au même moment, d' "écrivain médiocre" par l'extrême-droite et l'ultra-gauche et que quelques confrères - "dans confrère il y a aussi frère", aimait à dire le vieil Hugo - ne dédaignent pas de m'appeler en petit comité "le porte-flingue de Daeninckx", ce qui est faux, mais me procure une intense jubilation.