Craig McDonald, La Tête de Pancho Villa,
toujours la course en tête

Journal l'"Humanité-Hebdo" du Jeudi le 3 décembre 2009

Une relique macabre du révolutionnaire mexicain déchaîne passions et convoitises. Drôlement noir
Éditions Belfond « Noir », 305 pages, 20 euros.

Westlake aurait pu écrire ce roman signé d’un nouveau venu du roman noir américain. Prenez le crâne de Pancho Villa, séparé de son tronc sur commande du grand-père deG. W. B. pour le compte d’une société secrète d’étudiants huppés du début du siècle, remettez-la à Hector Lassiter, ami d’Hemingway auquel il ressemble comme un frère, expédiez à ses trousses et celle du jeune journaliste Bud Fiske des membres de sociétés secrètes rivales, le mercenaire septuagénaire mais toujours teigneux qui a opéré la décollation, d’anciens révolutionnaires mexicains un peu gangsters sur les bords et que la mort de leurs adversaires ne tourmente pas outre mesure, quelques barbouzes de la CIA et leurs jumeaux du FBI, lancez tout ce joli monde du désert du Nouveau-Mexique à l’État de New York, sans omettre une étape mouvementée sur le lieu du tournage de la Soif du mal, où règne en tyran un Orson Welles plus vrai que nature, flanqué d’une Marlene Dietrich à la séduction vénéneuse. Vous obtenez un roman noir mené à train d’enfer qui ravira les amateurs de la grande et de la petite histoire, les cinéphiles impénitents et tous ceux qui apprécient le roman picaresque. Tout cela n’est guère sérieux, me direz-vous. Quoique, après tout, on ait vu tellement plus incroyable !

Roger Martin