Anne-Laure Thiéblemont, Tirages d’origine

Journal l'"Humanité-Hebdo" du Jeudi le 3 décembre 2009

Les révélations mortelles d’un incunable oublié : enquête au cœur du monde de la photographie.
La Mouche d’Alexandrie par Anne-Laure Thiéblemont. Éditions Liana Lévi, 183 pages, 16 euros.

Seconde aventure de Marion Spicer, spécialiste de la traque d’œuvres d’art volées, la Mouche d’Alexandrie est un excellent roman policier dont l’intérêt principal ne réside pas tant dans l’enquête elle-même, habilement menée cependant, que dans l’exploration remarquable et passionnante d’un monde peu connu du grand public et assurément de l’auteur de ces lignes. Que deux albums photographiques de Victor Leclair disparaissent du musée de Chantilly, qu’aussitôt après une œuvre du même artiste atteigne un prix record chez Christie’s, que le nom d’un photographe tombé dans l’oubli après son exil mystérieux en Égypte au siècle précédent enflamme soudain le marché, autant de questions singulières auxquelles Marion Spicer tente de répondre. Une enquête qui l’entraîne aux origines de la photographie et dont seule la découverte du journal de Louise, la compagne de Victor Leclair, permettra la résolution totale. Spécialiste en art et gemmologue de formation, Anne-Laure Thiéblemont réussit le pari de passionner en maîtrisant une érudition que l’on pressent sans faille. Passionné de photographie ou profane, on ne peut que dévorer ce roman qui bénéficie en outre d’une écriture parfaitement maîtrisée, qu’il s’agisse du journal censé dater du XIXesiècle ou des épisodes contemporains. Une œuvre à part dans une production qui, entre tueurs en série et faits divers crapuleux, ne brille pas toujours par son originalité

 

Roger Martin