Tito Topin. Le messie, le temple et le commissaire

Journal l'"Humanité-Hebdo" du Jeudi le 3 décembre 2009

Une fable sociale allègrement déjantée où religion et politique font, chacun à sa manière, des miracles
Parfois je me sens comme un enfant sans mère, de Tito Topin. Rivages/Noir 320 pages, 9 euros.

On oublie parfois que l’auteur de Navarro est aussi et surtout un grand romancier. Raison de plus pour s’immerger dans ce bijou au titre emprunté à un gospel célèbre et douloureux. Il y est question de misère, de malheureux, délaissés par une société qui abandonne ses enfants et dans laquelle refleurissent bidonvilles et ghettos à côté de villes opulentes où s’exhibent morgue et richesse les plus insolentes. Une société où les misérables d’aujourd’hui s’étripent en attendant un signe du destin ou la venue de quelque nouveau messie qui rachèterait leur monde des péchés qu’ils n’ont pas commis. Justement le voilà, qui répond au nom sibyllin de Conseiller, et qui vient établir sur terre la Maison de la paix des cœurs, « un suppositoire de cinquante mètres de diamètre à la base terminé en ogive quarante-cinq mètres plus haut ». À la fois église, temple, mosquée et synagogue qui honorerait le dieu rassembleur des quinze religions. En quelques jours, le nouveau Jésus, qui a sorti de l’ornière une pécheresse rebaptisée Maria Bonita, va multiplier les miracles. Mais en ville on s’inquiète de ce perturbateur aux idées et aux moyens peu orthodoxes. Le commissaire Ballard, un nom évocateur, devra mettre de l’ordre, débarrasser la société de cette cour des miracles, ce camp de l’apocalypse où grouillent tous les rebuts de la société grisés par le message de leur nouveau gourou. Roman noir, récit de science-fiction, fable apocalyptique, le dernier roman de Topin est tout cela, mais il est surtout l’occasion d’un tour de force littéraire. Topin réussit, tout en abordant des thèmes on ne peut plus actuels, à mener tambour battant et d’une plume allègrement déjantée, un récit haut en couleur qui doit plus à François Rabelais et à Chester Himes qu’à ses confrères en écriture. Un régal !

Roger Martin