Margot D. Marguerite, Le retour d’une pasionaria

Journal l'"Humanité-Hebdo" du Jeudi le Jeudi 6 août

Rétro . Face aux menaces politico- sociales du monde d’aujourd’hui, une mamie résistante reprend du service. Un roman puissant et sans concessions
La Vieille Dame qui ne voulait pas mourir avant de l’avoir refait, La Manufacture de livres, 511 pages, 22,90 euros.

Au moment où certains pays réhabilitent les SS et tentent d’interdire les mouvements communistes, il n’est pas interdit de se laisser aller à une pointe de nostalgie. À sa façon, la Vieille Dame qui ne voulait pas mourir avant de l’avoir refait s’inscrit avec force contre cette campagne où l’on voudrait confondre dans le même opprobre nazisme et communisme. Voilà un roman qui ne laisse pas indemne et dont la violence pourra choquer. Mais, comme moi, il vous passionnera, vous surprendra souvent, vous irritera parfois, vous émouvra toujours !

Loin du romantisme bidon et complaisant…

Margot D.Marguerite ne fait pas dans la dentelle, mais comment parler de maquereaux et de tueurs avec les mots des pauvres gens ? Loin du romantisme bidon et complaisant qui a longtemps nimbé le milieu et ses pseudo-archanges aux traits « deloniens », Marguerite trace les portraits et décrit les agissements de tueurs aussi froids que les affairistes et les notables qu’ils servent. La loi du milieu est la même que celle du système qu’il gangrène et lorsque Princesse tente de lui échapper, elle sait que le pire l’attend. La barbarie. Ni la police ni la justice ne peuvent rien pour elle. C’est sans compter sur la vieille dame qui donne son nom au livre, Pauline Verdi, quasi octogénaire, clandestine, mariée sept fois, ressuscitée deux fois, qui a survécu à la guerre d’Espagne, à la Seconde Guerre mondiale, à l’Indochine, à l’Algérie, au Congo, à l’Angola. Combattante internationaliste, entourée de fantômes glorieux de la guerre de classes, elle va raviver les amours anciennes, réveiller les compagnons de l’ombre et un fils qui avait fini par oublier sa propre histoire.… et du formatage mystico-paranormal

On pense parfois à Bilal et ses Phalanges de l’Ordre noir, mais la Vieille dame qui ne voulait pas mourir avant de l’avoir refait manifeste sa propre originalité et tous ceux qui n’ont oublié ni le passé ni l’histoire, en particulier celle du mouvement communiste international, avec sa grandeur, ses hauts faits et ses zones d’ombre, ne pourront qu’apprécier ce roman puissant et salvateur, qui témoigne de la belle vitalité d’un genre qui fait mieux que résister au formatage et au fatras mystico-paranormal à la mode !

Roger Martin