Frank Hériot, Réveil dans l’horreur

Journal l'"Humanité-Hebdo" du Jeudi le Jeudi 6 août

Machination . Une toile d’araignée effrayante pour un grand récit classique.
La Femme que j’aimais, Éditions le Cherche-Midi, 415 pages, 18 euros.

J’ai dit tout le bien que je pensais du roman de Pierre Lemaitre, Robe de marié, qui constituait un tour de force en matière de machination diabolique. Voilà qu’aujourd’hui, avec la Femme que j’aimais, Frank Herriot signe à son tour un récit extrêmement bien écrit qui repose lui aussi sur une machination d’autant plus effrayante que rien n’en laisse prévoir les causes. Comme dans un James Hadley Chase de la grande époque, la scène d’exposition démarre tambour battant. Le héros, ou plutôt l’anti-héros, le falot Antoine Jolimai, courtier en assurances, se réveille dans un hôtel parisien à côté du cadavre de sa femme, cependant que ses deux enfants, qui dormaient dans la chambre voisine, ont disparu. Lui seul sait, et avec lui le lecteur qui n’envisage pas un instant qu’il puisse être coupable, qu’il n’est pas l’assassin. Personnage banal, discret, inconsistant même, pris comme un fragile insecte au coeur d’une toile dont l’araignée reste mystérieuse, voilà qu’entre condamnation, prison, cavale inopinée, enquête épineuse puisque, clandestin et recherché, il ne dispose d’aucune des ressources de la police, il va devoir mener une nouvelle existence et, à travers elle, développer une nouvelle personnalité. Extrêmement bien documenté, La Femme que j’aimais est un roman qui accroche immédiatement le lecteur, et dont le rythme, les rebondissements, les péripéties, ne faiblissent jamais. Un roman noir de grande qualité, donc, auquel on ne fera que le petit reproche d’avoir violé la Règle 20 de Van Dine sur l’écriture d’un roman policier, comme d’ailleurs Jean-Christophe Grangé et bien d’autres avant lui !

Roger Martin