André Fortin, Noyé dans le placard

Journal l'"Humanité-Hebdo" du Jeudi le Jeudi 25 juin

Un juge en vacances pour un polar marseillais pêchu
Un été grec, d’André Fortin Éditions Jigal, 270 pages, 17 euros
Il est juge à Marseille. Dans quelques heures, il prend ses vacances. En famille. Destination la Grèce. C’est sans compter cependant sur l’actualité. Et ce matin-là elle a pris la forme d’un cadavre. Un jeune homme, noyé dans une calanque. Un accident banal ? L’intuition du juge lui chuchote qu’il n’en est rien et, poursuivant son instruction par portable interposé, secondé efficacement par un lieutenant de police teigneux, il parviendra, peu à peu, à reconstituer le puzzle dont chaque pièce nouvelle lui a été révélée au téléphone. Le grand intérêt de ce double récit, où s’entrecroisent enquête contemporaine et plongée dans soixante ans d’histoire de la Grèce, c’est qu’il ouvre justement la porte d’un placard bien gardé où blanchissent encore quelques cadavres soigneusement dissimulés. Après l’Occupation et la Seconde Guerre mondiale, la guerre d’Algérie, la répression colonialiste, les années de plomb italiennes, le martyre de l’Espagne républicaine, voilà qu’un auteur dévoile des pans entiers d’une histoire encore mal connue, celle d’un pays qui servit de référence au monde et où se déroula une guerre civile suivie d’une répression incroyable avant que les Américains n’y portent sur les fonts baptismaux le sinistre régime dit des Colonels. Si l’intrigue policière proprement dite ne révèle que de modestes surprises, on est pris par le décor et la trame de ce roman noir qui plonge au coeur d’une histoire pas encore refroidie

Roger Martin