Frédéric Fajardie : un homme de convictions et d’action

Journal l'"Humanité-Hebdo" du Jeudi le 2 avril 2009

À Arras, hommage a été rendu à l’auteur de Metaleurop, paroles ouvrières, disparu le 1er mai 2008.

Il s’appelait Moreau, mais du héros de l’Éducation sentimentale, qui portait son patronyme, c’est le prénom qu’il préférait. Il est parti trop vite, laissant derrière lui une oeuvre considérable et abondante, comme un Balzac ou un Jack London. voix nouvelle du roman noir

Il avait su gagner la confiance d’un lectorat exigeant et nombreux qui attendait ses livres avec une impatience gourmande et fraternelle. Admiré par la plupart de ses pairs, il avait néanmoins souffert d’une hostilité plus sourde que déclarée, nourrie par une certaine jalousie aux raisons troubles, le milieu du polar, malgré certaines illusions soigneusement entretenues, n’étant pas plus fraternel que celui de la littérature tout court. Tueur de flics, en 1979, l’avait imposé comme une voix nouvelle dans la veine du roman noir, à l’égal d’un Manchette.

Suivirent des romans courts, incisifs et déchirants, la Nuit des chats bottés, Sniper, dont personne ne sembla remarquer ce qu’ils devaient à l’écriture du Steinbeck de Des souris et des hommes, une influence pourtant revendiquée dans Gentil, Fatty ! Avide et passionné, l’écriture était pour lui une occupation de tous les instants : remarquable nouvelliste, il en écrivit des centaines, dont la plupart sont de véritables joyaux. Maître du dialogue, il en signa pour le cinéma, avec les scénarios de quelques films noirs où s’illustrait Delon, ce que ne manquèrent pas de lui reprocher dans son dos des confrères dépités qui s’illustrèrent plus tard à TF1.

Parallèlement, il signait dans l’Humanité des billets d’humeur au vitriol. Boulimique d’histoire, lui, le spécialiste du roman court, il réussit la saga romanesque haute en couleur des Foulards rouges où il rendait hommage au genre de cape et d’épée et au génial Dumas. L’histoire contemporaine était néanmoins le thème de prédilection de l’ancien militant d’extrême gauche et du compagnon de route du Parti communiste. Frédéric Fajardie n’écrivait pas pour passer le temps. Résistance et épuration en Normandie (la Théorie du 1 %), guerre d’Espagne (Une charrette pleine d’étoiles), Résistance (Un homme en harmonie), voilà ce dont cet homme qui ne s’était jamais renié avait envie de parler. Et avec quel talent !

au côté de Jules Vallès et Jack London

À la Fête de l’Huma, nous avions sympathisé et je crois pouvoir dire que nous étions devenus amis. Il avait accepté avec enthousiasme d’écrire une nouvelle pour le recueil 36 Nouvelles noires pour l’Humanité. La dernière fois que je lui ai parlé, c’était au téléphone. Sa voix assurée avait cependant du mal à masquer la maladie, mais sa seule préoccupation c’était son Metaleurop, paroles ouvrières, dont les droits iraient aux ouvriers de la boîte. Il en parlait avec émotion et fierté, plaçant cette oeuvre de « propagande » au-dessus de sa dernière saga romanesque. Depuis, quand je pense à Frédéric Fajardie, je l’imagine quelque part, en compagnie d’un Jules Vallès ou d’un Jack London, ces écrivains qui n’ont jamais, comme lui, renoncé. Jusqu’au dernier moment, Frédéric Fajardie est resté fidèle à ses convictions et à ses idéaux de jeunesse. Faire vivre son oeuvre avec son souvenir, comme c’est le cas à Arras ce 1er Mai, c’est le plus bel hommage qui puisse lui être rendu.

Roger Martin