Mathias Bernardi : La Ville sans regard

Journal l'"Humanité-Hebdo" du Jeudi le 2 avril 2009

Truands et Gestapo : Idéologie et crimes crapuleux dans le Paris des années sombres
Éditions JC Lattès. 415 pages, 18 euros.

Un sujet ambitieux pour un tout jeune auteur dont c’est le premier livre. Paris, 1942. L’Occupation. Pour beaucoup, une épreuve et une tragédie. Ainsi Thomas Lavrenti, jeune policier écartelé entre le devoir et la justice. Pour d’autres, Xavier Daillans et ses complices, des truands qui ont choisi l’uniforme de la Gestapo pour se livrer au pillage généralisé, le champ de tous les possibles, le triomphe du crime légalisé. Justement, au cours d’un interrogatoire musclé, c’est la révélation d’un secret bien gardé. D’une discrète gare de banlieue partent chaque mois, pour le Reich, des tableaux dérobés à leurs propriétaires. Une aubaine que Daillans et ses séides ne laisseraient passer pour rien au monde, fût-ce au prix de crimes plus froids et horribles les uns que les autres. Au-delà du suspense ainsi créé, Bernardi, dans ce sujet rarement évoqué, si ce n’est en partie dans le film de John Frankenheimer, le Train, où s’illustrait l’immense Burt Lancaster, parvient, à travers une galerie de portraits fouillés et convaincants, à dresser le tableau douloureux du Paris de l’Occupation, un Paris à la gaieté sinistre, où s’ébattent en pleine lumière des assassins qu’un certain roman noir avait tenté de faire passer pour de simples aventuriers, coupables seulement d’avoir choisi le camp des vaincus. Pas de fascination, ni de romantisme nauséabond, ici, mais un récit décapant, dans lequel Bernardi, fidèle aux leçons des pères fondateurs du genre, entre histoire et dénonciation, illustre la meilleure tradition du roman noir.

Roger Martin