Un génie de banlieue : Michel Maisonneuve

Journal l'"Humanité-Hebdo" du Jeudi le 2 avril 2009

Le sage de Frais Vallon : Une fantaisie profonde de l’auteur du Chien tchétchène.
Éditions Gaïa Polar. 250 pages, 18 euros

Après le désopilant Chien tchétchène, Michel Maisonneuve nous propose, avec Un génie de banlieue, la deuxième aventure de Dachi El Ahmed, le sage de la cité Frais Vallon. On a toujours un peu peur, lorsqu’il s’agit de série, que ne faiblisse le niveau et ne guette la répétition. Des craintes sans fondement dans le cas de Maisonneuve, qui réussit une nouvelle fois à nous faire nous tordre de rire par un traitement iconoclaste, nonsensique et rabelaisien de graves questions de société. Et le meurtre du jeune Mourad par un CRS, qui aurait pu donner lieu à un énième pamphlet tarte à la crème, moralisateur et indigeste, s’il se déroule sur fond de tragédie, de barbouzerie et d’intégrisme, va entraîner un lecteur ébaubi dans un tourbillon d’actions, de rebondissements, de fantaisie et d’humour, servi par la plume allègre, ironique et chaleureuse d’un auteur qui évoque à plus d’un instant le grand Westlake, récemment disparu. Une fantaisie, soit, mais qui, au-delà de ses péripéties picaresques et hautes en couleur, donne à réfléchir plus profondément que maints ouvrages a priori plus sérieux. Comme l’aurait dit le regretté Michel Lebrun, un roman qui devrait être remboursé par la Sécurité sociale. Chiche !

 

Roger Martin