DOA : Citoyens clandestins,

Journal l'"Humanité-Hebdo" du Jeudi 9 Octobre  2007

Ovni . Plongée dans le monde glacial du renseignement.

Éditions Gallimard, coll. « Série noire », 704 pages, 20 euros.

 

Au petit jeu des influences, on aurait bien du mal à jouer avec ce pavé de plus de 700 pages, qui n’est ni un polar, ni un roman noir, ni un d’espionnage, pas plus un thriller… tout en étant tout cela à fois et beaucoup plus. À travers la destinée personnelle de trois protagonistes - un flic d’origine harki, chargé d’infiltrer le milieu intégriste islamiste, une apprentie journaliste d’origine maghrébine, en quête de reconnaissance, et un énigmatique exécuteur aux ordres de mystérieux commanditaires -, le lecteur pénètre dans le monde trouble et opaque du renseignement. Trahisons, coups tordus, manipulations et retournements en font l’ordinaire, au nom d’une raison d’État qui justifie les crimes et les tortures les plus horribles.

L’argument initial du roman est clairement affiché : comment récupérer des armes bactériologiques fabriquées par la France en Irak en violation de l’embargo, pour éviter que n’éclate la vérité sur leur origine, et accessoirement qu’elles ne tombent aux mains de groupes terroristes internationaux. Ce qui est passionnant, c’est que DOA (Dead On Arrival, singulier pseudonyme…) tisse un récit palpitant en toile d’araignée, bourré d’informations, témoignant d’une connaissance intime et surprenante du monde qu’il dépeint. Qu’il s’agisse des différents services d’espionnage et de contre-espionnage français ou étrangers, des réseaux islamistes, des affaires, des armes et des moyens d’une technologie stupéfiante, des salles de rédaction et des cercles politiques, l’auteur évolue comme un poisson dans l’eau dans un monde sinistre et glacé où s’agitent des monstres froids et insensibles, prêts à toutes les abominations, la fin justifiant naturellement toujours les moyens.

Maîtrisant parfaitement une documentation impressionnante, parfaitement intégrée à un récit qui dose savamment scènes d’action et huis clos aux échanges aussi feutrés que diaboliques, DOA signe avec Citoyens clandestins un roman oppressant où tout paraît toujours vraisemblable, dont les ressorts et les révélations ne servent pas une de ces mécaniques gratuites dont sont friands les amateurs de complots. Un récit aux accents effrayants, qui instille un malaise qui ne laisse pas indemne, et auquel il ne sera fait qu’un - léger - reproche : les amis des animaux auront découvert dès la page 51 ce que certains cerveaux de l’espionnage auront mis 500 pages à comprendre !

Roger Martin