Caryl Férey : Zulu

Journal l'"Humanité-Hebdo" du Jeudi 9 Octobre 2007

Roman noir . Violence et vengeance dans une Afrique du Sud désenchantée.

Éditions Gallimard, « Série noire ». 393 pages, 19,50 euros.

Les amateurs de roman noir ont découvert avec Utu un nouvel auteur qui venait insuffler au genre noir une singulière originalité.

Zulu - on aurait cependant préféré le français Zoulou ! -, le dernier roman de Caryl Férey, confirme tous les espoirs qu’on avait placés en ce jeune romancier.

Le choix du décor de ce roman très sombre, dont les personnages semblent marqués d’une fatalité antique, n’est pas pour peu dans l’intérêt ressenti dès le premier chapitre. Une Afrique du Sud, post-apartheid et post-Mandela, où l’ennemi, implacable et cruel, d’antan, l’apartheid et son régime de terreur, s’il reste présent dans toutes les mémoires, a cédé la place à un nouveau fléau, insaisissable et sournois, qui mine le pays tout entier de l’intérieur. La violence politique quasiment disparue, c’est en effet toute l’Afrique du Sud qui semble en proie à une autre violence qui puise ses racines dans la pauvreté, les inégalités sociales pas suffisamment éradiquées, le développement foudroyant de drogues terrifiantes et l’expansion d’un mal qui répand la terreur, le sida.

C’est sous ces augures sinistres que commence l’enquête d’Ali Neuman, chef de la police criminelle de Cape Town, un personnage shakespearien miné par un terrible secret d’enfance, lorsque le cadavre d’une jeune Blanche de la bonne société est retrouvé dans un jardin botanique et que l’autopsie révèle la présence d’une drogue encore inconnue qui pourrait être à la source du déchaînement de violence qui s’ensuit.

Dans un récit exempt de tout temps mort, nourri de références historiques et culturelles qui ne pèsent jamais, tant l’auteur les fond dans la pâte de son récit, Férey nous entraîne à la suite de ses héros torturés, au sens propre comme au sens figuré, qui buttent à chaque pas, des bidonvilles surpeuplés aux boîtes branchées, sur les squelettes hâtivement enterrés lors de la période de transition de réconciliation nationale. Et lorsque enfin se fait jour la terrible vérité, que toutes les pièces du puzzle se mettent en place, que du passé émergent les spectres hideux du racisme et de certains de ses serviteurs à l’idéologie exterminationiste, le lecteur a bien du mal à se remettre de ce nouveau voyage au pays de la mort. Un grand roman noir.

Roger Martin