Joseph Wambaugh : Flic à Hollywood,

Journal l'"Humanité-Hebdo" du Jeudi le 3 juillet 2008

Los Angeles . Un nouveau roman de l’auteur de Soleil noir. Ni bons ni méchants

Éditions du Seuil, 376 pages, 21,50 euros.

 

Singulière mésaventure que celle arrivée à Joseph Wambaugh. Best-seller aux États-Unis, régulièrement adapté à l’écran, il n’a jamais, malgré les efforts de Renaud Bombard aux Presses de la Cité, véritablement percé en France. L’adulation constante d’un James Ellroy, les témoignages d’admiration de maints auteurs à la mode, ou de l’auteur de ces lignes qui lui consacrait en 1980 un numéro spécial de la revue Hard-Boiled Dicks, n’ont jamais valu à l’auteur de le Mort et le survivant, qui atteignait la grandeur du De sang-froid, de Truman Capote, de s’imposer en France. Il reste à espérer qu’en dépit d’un titre mal venu, et d’une bande-annonce racoleuse où Connelly et d’autres tentent de forcer la main d’un lecteur pourtant adulte, le dernier roman de Wambaugh trouve le lectorat qu’il mérite grâce à l’initiative de Robert Pépin, qui en signe d’ailleurs la traduction. Car l’ancien inspecteur de Los Angeles effectue un retour étonnant sur le devant de la scène (du crime). Rien de nouveau sous le soleil de Hollywood ? C’est l’appréhension qu’on ressent pourtant en se plongeant dans ce roman noir. Y a-t-il encore à écrire, qui n’ait déjà été raconté cent fois par les maîtres du genre, petits et grands ? Après Ellroy et Wambaugh lui-même, Ed Mac Bain, qui a porté le genre de procédure policière à ses sommets, n’interdit-il pas qu’on remette une nouvelle fois le couvert ? Des réserves vite balayées. Wambaugh témoigne toujours du même métier, et son expérience passée garantit une sûreté de l’information et des procédures, une authenticité du ton qu’on ne trouve pas toujours chez certains de ses épigones à la mode. Hollywood, même devenu le champ d’action de populations aussi nouvelles qu’exotiques, reste un village pour les héros de Wambaugh, qui charrient en eux le pire et le meilleur de l’Amérique. Le dosage hommes-femmes, Blancs-Noirs-Asiatiques et progressistes-réactionnaires qui apparaît convenu et déjà banal chez tant d’auteurs de romans ou de scénarios n’est jamais ici convention et concession obligée au politiquement correct et aux recettes éprouvées des feuilletons télévisés. Ne cherchez pas les bons, les méchants non plus. Malgré les apparences, l’univers de Wambaugh ne reste pas longtemps manichéen, dont les nombreux protagonistes, contradictoires et écartelés, n’ont rien des archétypes poussiéreux trop souvent rencontrés. Paradoxe apparent, dans sa peinture d’une Amérique à la dérive, le père du Crépuscule des flics et de Soleil noir reste unique. Aussi éloigné de la noirceur absolue de son disciple Ellroy que de l’humanisme distancié et parfois ironique de Mc Bain, Wambaugh n’a pas son pareil pour brosser, sur fond de crimes, de misère matérielle et de détresse affective, le chassé-croisé douloureux et pathétique de policiers et de malfaiteurs se débattant dans un monde dont ils ont perdu les clefs, où règnent violence et injustice, isolement et névroses - dont ils ne sont pas eux-mêmes exempts. De la belle ouvrage !

Roger Martin