Patricia Parry : Petits Arrangements avec l’infâme,

Journal l'"Humanité-Hebdo" du Jeudi le 27 mars 2008

Roman historique. Toulouse derrière les briques. Un jeu de miroirs où passé et présent s’inventent et se réfléchissent.

Éditions du Seuil. 380 pages, 19 euros.

Toulouse, un jeune Maghrébin accusé d’avoir assassiné une soeur soupçonnée de vouloir abandonner sa foi, un psychiatre qui roule en Porsche mais a oublié d’être idiot, une Sollers en jupons très médiatique, une virago auprès de laquelle Le Pen passerait pour un dangereux gauchiste, Petits Arrangements avec l’infâme démarre sur des thèmes très actuels, sinon très originaux.

On ne tarde pas cependant, par la grâce du rythme imprimé à l’histoire et de très réelles qualités d’écriture, à prendre goût au récit, d’autant qu’un curieux rapprochement n’a pas manqué de soulever notre curiosité.

Y aurait-il un rapport entre l’affaire Addad et l’affaire Calas qui, deux siècles et demi plus tôt, a justement bouleversé cette même ville de Toulouse ? Un second meurtre, puis un troisième, des coïncidences troublantes, d’étranges similitudes avec l’affaire Sirven, des allers-retours ingénieux entre présent et passé, on est pris, accroché, même lorsque, pourfendeur des romans à complots (templiers, Vatican, nazis nonagénaires, fils naturels de Jeanne d’Arc et Nostradamus…), on tremble parfois que le roman déraille alors que se profile l’ombre de mystérieux personnages ayant traversé les temps et cherchant à assurer la pérennité et la toute-puissance de notre sainte mère l’Église. Crainte presque infondée. L’auteur est habile, ses plongées dans le passé sont irréprochables (mais l’adjectif « fiable » page 326 !), le suspense ne se dément pas et on a envie de savoir - même si l’on en a une petite idée - comment l’auteur va retomber sur ses pieds.

Dans ce roman qui, sans avoir l’air d’y toucher, en dit plus long sur l’intolérance et les pièges du communautarisme que bien des ouvrages théoriques, qui offre en outre quelques réflexions iconoclastes sur la question de l’enfermement psychiatrique et dont les clins d’oeil littéraires réjouissent, on sent la patte d’un véritable auteur. On pardonnera donc à Patricia Parry son personnage principal dont le goût pour les Porsche ne parvient pas à cacher le manque d’épaisseur et on la louera pour son sens du rythme, des dialogues, de la construction policière. On lui saura gré aussi d’une véritable culture, discrète, intelligente, qu’elle n’a pas besoin d’étaler pour qu’on y soit sensible.

 

Roger Martin