Romain Slocombe : Mortelle résidence,

Journal l'"Humanité-Hebdo" du Jeudi le 27 mars 2008

Histoire de l'art

Décapant. Entre Lyon et le Chili, la Terreur et le temps présent, Romain Slocombe construit un espace-temps avec virtuosité.

Éditions Le Masque. 430 pages, 19,90 euros

Romain Slocombe a plus d’une corde à son arc. Dessinateur et photographe, auteur d’une tétralogie romanesque japonaise remarquée, il nous revient aujourd’hui avec un roman noir complexe et passionnant qui entremêle savamment passé et présent, Histoire avec un grand H et histoire locale, Terreur révolutionnaire, déportation des juifs de France, « expériences » post-nazies dans le Chili de Pinochet, ces différents « épisodes » trouvant à se rencontrer dans une ville à laquelle l’auteur prête une vie intense et foisonnante, Lyon.

Autant dire que si le quiproquo a priori sans conséquence qui ouvre le récit et sa victime, un architecte d’origine chilienne déprimé et hypocondriaque, laissent augurer un scénario à rebondissements, dont Pierre Richard aurait fait ses choux gras, le lecteur ne met pas longtemps à être détrompé.

Utilisant avec maestria des lieux chargés d’histoire, dont les pierres résonnent encore des drames qu’elles ont abrités, faisant de la ville de Lyon, rarement montrée sous de tels aspects, plus qu’un simple décor, un personnage de l’histoire, Romain Slocombe, sans verser dans le roman à thèse, ménageant un suspense souvent angoissant, jouant sans cesse d’allers-retours habiles entre période révolutionnaire et monde contemporain, et brossant du milieu de l’art contemporain une peinture décapante mais pas caricaturale, signe une oeuvre assurément originale, et par l’évocation d’un milieu qu’il connaît profondément et par la puissance des thèmes abordés.

La sûreté de ses sources et de sa documentation lui permet en outre de donner à son récit un parfum d’authenticité indéniable. De la belle ouvrage. Assurément.

Roger Martin