Jocelyne Sauvard : Feux. Mortelle Rapsodie

Journal l'"Humanité-Hebdo" du Jeudi 12 avril 2007

Une ballade vers nulle part

Banlieue. Un récit fluide au rythme d’un rap tendre et désespéré qui se finira dans l’absurde et la mort.

Éditions Monde global, Collection Banlieues d’écriture. 156 pages, 13 euros.

La banlieue, sujet propice à toutes les outrances, de la karchérisation prônée par un Mad Max bien de chez nous au transfert romanesque de pseudo-rebelles en quête de frissons fugitifs. On ne fait pas, c’est bien connu, de littérature avec de bons sentiments. Il y avait tout à craindre, alors, de ce Feux. Mortelle rapsodie. Vite détrompé, on s’immerge sans heurt dans le monde chaotique et déjanté de Momo, roi putatif des rappeurs, et d’Aimé, petit Blanc souffreteux, tandem dérisoire et attendrissant en quête d’une gloire à portée de voix et de mots. On pense irrésistiblement au couple bancal et formidable de Macadam Cow-boy, et on sait alors que la tendresse et l’humour tourneront au désespoir, que la tragédie balaiera bientôt les espérances naïves des deux paumés magnifiques, que la bal (l)ade de Momo et Aimé au coeur de leur banlieue-patrie, banlieue-prison finira dans une impasse. La force de ce récit réside aussi dans son ton, dans la coulée fluide d’un rap ininterrompu dopé aux alexandrins, dans ses trouvailles, ses saillies et des réflexions douces-amères qui en disent plus long que de grands discours. On saura gré à Jocelyne Sauvart d’avoir su dépasser le simple pastiche comme le copier-coller jeuniste. Sa Mortelle rapsodie, qui se clôt dans l’absurde et la mort, est une approche pleine de compréhension d’un monde trop souvent caricatural et caricaturé

Roger Martin