Maureen O’Brien : Les fleurs sont faciles à tuer
et à l’inattendu les dieux livrent passageJ

Journal l'"Humanité-Hebdo" du Jeudi 12 avril 2007

John Bright mène l’enquête

Polar. Un antihéros venu d’outre-Manche, décalé et attachant.

Éditions HB, 22 euros chacun.

Grâce aux Éditions HB qui ont eu l’heureuse idée de faire traduire ces enquêtes de l’inspecteur John Bright, le lecteur français découvre, avec la romancière Maureen O’Brien, un véritable auteur qui ne se contente pas d’ajouter une nouvelle série à la prolifique production anglaise. Celui qui s’attendrait à retrouver en Bright un clone de Frost, Morse et autre Barnaby en serait pour ses frais. D’ailleurs, malgré leur sous-titre trompeur, « Les enquêtes de l’inspecteur John Bright », les romans d’O’Brien sont bien davantage ceux de ses héroïnes, Millie Hale ou Kate Creech, que de Bright, personnage déconcertant et caractériel, antihéros bougon et peu séduisant, qui gagne cependant insidieusement le coeur des suspectes et la sympathie du lecteur. O’Brien déploie trois atouts maîtres : d’abord un sens aigu des dialogues, ironiques, caustiques, profonds et sombres aussi, tant il est vrai qu’à l’instar de ses héroïnes, l’écrivaine a sucé le lait de Shakespeare, mais aussi de Wilde ou Shaw. Ensuite, des personnages qui n’ont rien de stéréotypé.

Si les femmes se taillent la part du lion, tenaces et volontaires, des « forces qui vont », et si les hommes sont souvent faibles, veules ou arrogants, le manichéisme n’est pas de mise. Même attachantes, Millie et Kate manifestent un sens confirmé de l’intrigue et de la manipulation, et Bright se révèle un être infiniment plus complexe qu’on ne le croirait de prime abord. Et enfin, le cadre des intrigues. Maureen O’Brien, comédienne renommée au Royaume-Uni, explore avec brio le monde du théâtre dont elle connaît les moindres décors. Jeté avec ses personnages au coeur de la tragédie, le lecteur se délecte de cette incursion en terra incognita. Il serait faux de conclure que l’intrigue des romans passe au second plan. Dans chacun des deux récits, O’Brien a concocté une histoire vénéneuse à souhait, parfois un peu embrouillée pour un lecteur qui n’a pas forcément les brillantes qualités déductives de l’inspecteur Bright, mais qui donne un furieux goût de revenez-y.

Roger Martin