Michel Maisonneuve : Inventaire

Journal l'"Humanité-Hebdo" du Jeudi 15 février 2007

Le Chien tchétchène, de Michel Maisonneuve,

« Babel noir », nº 7, 7,50 euros.

Cela commence comme un inventaire à la Prévert : une vieille dame assassinée, un appartement mis à sac, un ébéniste veuf et grec, un sage amateur d’Omar Khayyâm et sensible au beau sexe, une bande de petits jeunes des cités qui jouent les Houdini avec tout ce qui roule à deux ou à quatre roues, deux Russes aussi mystérieux que portés sur la détente, un combattant tchétchène peu commode, un Apache folklorique qui a planté son wigwam sur le toit d’un immeuble, un truand nostalgique reconverti dans la pizza, deux grands journalistes amateurs de boissons fortes, trois créatures de rêve, dont une égérie de la SPA au corps voluptueux et au tempérament volcanique, sans oublier le chien, tchétchène

et tatoué, Hassan, errant dans les rues de Marseille et aussi indépendant et imprévisible que le Montmorency de Trois Hommes dans un bateau, en guise de raton-laveur.

Autant dire que tous les ingrédients sont réunis pour une histoire haute en couleur, dont l’action trépidante et les rebondissements rocambolesques ne suffisent pas néanmoins

à masquer le fond de gravité. Parfaitement documenté sur la tragédie tchétchène, Michel Maisonneuve sait l’évoquer avec sensibilité et retenue, sans tomber dans le pathos ni le tract, tout au long d’un récit dont le rythme, la couleur, l’humour,

les situations évoquent irrésistiblement certaines influences, reconnues ou involontaires.

Dire que dans le Chien tchétchène on retrouve un parfum de Fantasia chez les Ploucs, de Charles Williams, pour

le rythme échevelé et la fantaisie des situations, et un zeste de Tortilla Flat et Rue de la Sardine, de John Steinbeck dans la création de personnages pittoresques, entraînés malgré eux dans une aventure qui les dépasse, qui n’ont rien de héros et tout d’humains ordinaires, pétris de petites faiblesses et de vraie grandeur, montre assez, je pense, qu’on a affaire à un roman noir inattendu, réjouissant, qu’on lira avec délectation malgré l’horreur de la situation initiale.

Un récit en outre servi par une écriture allègre, beaucoup d’esprit et un sens des répliques qui font mouche.

Un roman qui, incontestablement, a du chien.

De Roger Martin