Tito Topin, le retour

Journal l'"Humanité-Hebdo" du Jeudi 17 août 2006

Tito Topin, le grand retour du père de Navarro

Livres . Après douze ans de silence, le scénariste de la série de TFI revient à l’écriture avec un nouveau héros, le commissaire Benchimoun, dit Bentch. Le macabre y côtoie la truculence.

D’un commissaire l’autre Bentch et Cie, de Tito Topin. Fayard Noir, 300 pages, 18 euros.

Douze ans qu’on attendait le retour de Tito Topin, qui nous avait laissés orphelins sur les pistes de sable du Transsaharien pour se consacrer à Navarro et d’autres héros télévisés qui, malgré son métier, nous faisaient parfois regretter sa prose colorée et « swinguante » et ces récits foisonnants où il avait su acclimater à la France, sans la copier, la manière d’Ed McBain, tout en créant un tempo et un ton bien personnels qui firent de ses romans « marocains » à la « Série noire » de véritables petits bijoux.

des histoires parallèles

Dans Bentch et Cie, Tito Topin nous offre un personnage haut en couleur, le commissaire Benchimoun, dit Bentch, dont le plus grand malheur est peut-être une famille juive envahissante qui ferait presque de la chasse aux tueurs en série un aimable divertissement. Pour sa première aventure, Bentch est chargé de retrouver un de ces assassins, l’Ogre, une mission que ses propres problèmes concourent à rendre titanesque. Harcelé par sa famille, rongé par le remords d’être l’amant de la femme d’un coéquipier qui est aussi son meilleur ami, plein de haine pour un subordonné dont la lâcheté est responsable de la mort d’un collègue, obligé de jouer les psys pour donner à ses policiers le moral et la forme qui leur font parfois cruellement défaut. On reconnaît là la touche - Topin, celle des meilleurs -Navarro, qui multiplie les histoires parallèles et projette un éclairage cru, mais compréhensif, sur chacun des protagonistes, exposant une humanité grouillante sous une lamelle d’entomologiste. Topin excelle à l’exercice, certes, mais son récit vaut par d’autres atouts, parmi lesquels une intrigue solidement charpentée, une maîtrise à passer du macabre à l’humour ou la truculence, des dialogues qui font mouche. Mais la plus grande réussite de Bentch et Cie, c’est l’alchimie parfaite d’une atmosphère et d’un décor, celui d’un Paris qu’on a rarement vu sous pareil angle. Montré avec finesse, sensibilité et amour, avec l’omniprésence obsédante de la Seine où se jouent une première scène tragique en huis clos et un finale à grand spectacle digne d’un James Bond de grande cuvée, contemplé du pont d’un bateau-mouche au nom poétique de Baudelaire 2 ou de celui d’une vedette de la brigade fluviale, c’est un Paris inattendu, poétique et mystérieux que Tito Topin nous donne à voir, dans une déclaration d’amour presque surprenante chez un auteur qui nous avait habitués jusque-là aux ambiances méditerranéennes.

des personnages pétris de doutes

Si l’on ajoute des personnages attachants et bien campés, pétris de contradictions et de doutes, irrémédiablement liés par le poids du passé et la fatalité, emportés par des passions et des événements qui les dépassent à bord d’un bateau ivre qui pourrait bien être une métaphore de la vie, on comprendra qu’avec Bentch et Cie Tito Topin a réussi avec brio son retour au roman noir.

Roger Martin