Un grand du roman noir

Journal l'"Humanité" du Jeudi 22 décembre 2005

Disparition . Michael Collins, mort à 83 ans, avait créé Dan Fortune, défenseur des perdants, des faibles, des opprimés et des minorités.

De son vrai nom Dennis Lynds, il signait volontiers William Arden, John Crowe ou Mark Sadler. Sous son pseudonyme le plus connu, Michael Collins - hommage au révolutionnaire irlandais, - il avait créé la figure mémorable du détective privé manchot Dan Fortune, dont l’infirmité physique faisait ressortir à l’envi d’autres infirmités plus honteuses : la lâcheté, la bassesse, le racisme, la tyrannie de l’argent, le libéralisme dévastateur d’une Amérique refermée sur elle-même et en proie à la paranoïa. Comprendre, ne pas juger, telle était la maxime de son antihéros. La sienne aussi. Fortune est du côté des perdants, des faibles, des opprimés, des minorités. Faut-il s’étonner alors si les prises de position de son créateur, très sensibles dans des romans comme la Nuit des crapauds, où il évoque les séquelles du maccarthysme, Voilez vos tambours, qui met en scène les Weathermen sans les accabler, l’Égorgeur ou Rosa la Rouge, l’ont fait taxer de « moralisateur » par une partie de la critique qui lui reprochait « une philosophie médiocrement intéressante », et si sa nouvelle le Plus vieux des tueurs, refusée par près de quarante revues, a déclenché une mini-chasse aux sorcières, lui valant l’étiquette infamante de rouge et le conseil d’aller vivre à Cuba !

« Vous croyez à la vérité absolue, tous vos actes, toutes vos paroles le prouvent. Vos vêtements minables, vos manières de rustre. Vous méprisez les conventions, le confort et le désir de réussite sociale. Vous préférez avoir raison plutôt qu’être puissant, connaître plutôt qu’agir, comprendre plutôt que réussir », ces mots du très conservateur Franklin Weaver dans le roman Blue Death s’adressent à Dan Fortune. Un hommage du vice à la vertu qui colle comme un gant à son créateur...

Avec Howard Fast, Jerome Charyn et d’autres, Michael Collins avait été l’invité de la Seine-Saint-Denis lors de la célébration des cent cinquante ans du genre policier. Chaleureux, modeste et fraternel, ce militant de tous les combats progressistes aux États-Unis, cet écrivain lucide et exigeant refusait les modes. Il est mort à la fin de l’été. Sa volonté a été qu’amis et confrères viennent lire, rire, manger, boire et chanter autour de son cercueil pour sa dernière « party » et qu’aux fleurs on préfère des dons au Democratical Socialists of America. Une vingtaine de ses titres sont disponibles à la Série noire et chez Rivages.

Roger Martin