"Raconter la vie d'un homme, n'est pas une prière ?"
Giorgio Scerbanenco
(Vénus privé)
par Robert Deleuse
On
a dit de Scerbanenco qu'il y avait en lui du Simenon. On ne pouvait choisir de
référent plus erroné. Ni les habitués de Simenon ni les consommateurs de
polars n'y trouveront leur compte. S'il faut à tout prix établir des
parallèles, les noms de Léo Malet et de William Riley Burnett sautent aux
yeux, d'emblée. Malet, parce que, comme lui, Scerbanenco fait de "sa"
ville - Milan - une radiographie pointilleuse, et Burnett parce que le milieu
qu'il décrit est celui de toutes les délinquances.
D'autres encore y ont décelé des accents risiens. Mais là non plus le parallèle ne tient pas. Des comédies italiennes, il est vrai acides, de Dino Risi fondées sur l'éclat de rire amer, aux tableaux très noirs et très brutaux dépeints par Scerbanenco, il y a un monde où le rire s'efface pour laisser place au rictus de la peur. A tout prendre, ici encore, l'on pourrait dire qu'il y a chez lui des notes de Francesco Rosi, quand on les entend de loin.
Enfin, l'on a comparé le style de Scerbanenco à celui de Chandler. Quoi de plus faux ? Scerbanenco est bien plus proche d'un Mc Coy, voire d'un Tracy, que du résident de La Jolla.
Mais peut-on comparer Scerbanenco ? Nous ne le croyons pas. Il est de cette race d'auteurs qui sont avant et contre tout euxmêmes et qui produisent des imitateurs qui vont et viennent sur l'axe des copies, de la plus conforme à la plus confuse.
Scerbanenco a été et reste un grand producteur de romans toutes catégories. Parmi ceux-ci, des polars dans lesquels il a réussi une parfaite synthèse entre l'énigme et le problème, entre le roman policier proprement dit et le roman noir.
Robert Deleleuse