Fiche Duca Lamberti 

par Claude Mesplède

Duca Lamberti est un détective créé par le romancier italien Giorgio Scerbanenco. Sa première apparition remonte à 1966 dans le livre Venus Privée. Le docteur Duca Lamberti est un  homme de trente-cinq ans, grand, maigre, le visage anguleux, les cheveux ras. Dans sa première aventure, on le découvre sorti de prison depuis trois jours. Il a, en effet, été condamné précédemment à trois années d'internement et à la radiation de l'Ordre des Médecins pour avoir cédé aux plaintes d'une malade du cancer qui lui a demandé de lui procurer une mort douce. Condamné pour euthanasie, il accomplit sa peine et en ressort extrêmement désabusé.

Son père, un policier intègre (qui a jadis osé affronter la Mafia et en a conservé la trace d'un coup de couteau à la figure) est mort d'un infarctus à la suite de sa condamnation. Sa soeur, demeurée seule, a rencontré un gentil monsieur qui, après lui avoir fait un bambino, l'a abandonnée... Toutes les tuiles de Milan lui tombant sur la tête ne pourraient mieux l'atteindre et l'ex-docteur Lamberti se considère comme un raté. Il a non seulement raté sa propre existence mais l'a fait rater aux autres.

Néanmoins il va se découvrir quelques amis. Un policier, collègue de son père, le docteur Carrua, lui procure un emploi de représentant en produits pharmaceutiques, avec une valise d'échantillons et une voiture pour présenter la marchandise chez les médecins et pharmaciens de la région.

Mais Duca n'a même pas entamé ce travail pour lequel il n'est manifestement pas prédisposé, qu'il se trouve convoqué par un riche ingénieur-conseil dans le domaine du plastique. Ce petit empereur, comme il le nomme, lui explique que son fils de vingt-deux ans est, depuis un an, devenu alcoolique et qu'il prend trois cuites journalières au whisky. Le travail de Duca consiste à ramener ce jeune à une vie plus normale. Encore faut-il comprendre ou découvrir les raisons qui ont poussé depuis un an  le garçon dans cette voie suicidaire. c'est ce s'emploiera  à faire notre docteur en gagnant la confiance de son protégé et en découvrant la clé de l'énigme.

Une histoire véritablement sociale, presque un reportage socio-économique sur la ville de Milan et son banditisme.

L'année suivante, en 1967, paraît une seconde aventure de Duca Lamberti : A tous les rateliers. Point de départ on ne peut plus original : un jeune homme assez antipathique vient en effet demander à Duca de pratiquer une hyménoplastic sur une de ses amies. En clair, fabriquer un  pucelage pour la jeune femme qui doit se marier prochainement avec un riche boucher jaloux de  la virginité de sa promise... laquelle n'en est pas à son coup d'essai ! Il faut lui refaire une petite santé pour mystifier le riche fiancé. Avant l'opération, la fille essaie d'ailleurs de séduire Duca qui ne répond pas à ses avances. Départ donc assez curieux d'une histoire au cours de laquelle après avoir fait suivre sa patiente et appris que sa voiture a été mitraillée et jetée dans le canal, Duca va découvrir d'autres surprises encore plus répugnantes.

Sa troisième aventure, peut-être la plus achevée suivant l'expression consacrée (un petit chef d'oeuvre en quelque sorte) s'appelle Les enfants du massacre. Un roman qui démarre sur les chapeaux de roue. Dans un institut de cours du soir, on retrouve une enseignante, la jeune Mathilde Crescenzaghi, morte, nue, le corps atrocement frappé. Sa classe est constituée par un groupe de garçons de treize à vingt ans dont la plupart ont fréquenté la maison de correction. Les parents sont généralement, père, alcoolique, mère, prostituée. Sous couvert d'intrigue, c'est une partie de la misère italienne qui défile sous nos yeux. Lamberti, qui désormais travaille officiellement pour la police, est chargé de l'enquête. Il interroge les garçons de la classe tous suspects. Mais il se trouve confronté à un milieu où règne la loi du silence. Malgré cela, Duca se rend vite compte que les garçons n'ont pu agir seuls. Des adultes les ont guidés. Il devra alors faire preuve de beaucoup de psychologie pour que les bouches s'ouvrent et la solution apparaisse.

Duca Lamberti connaîtra sa dernière enquête avec Les Milanais tuent le samedi. Il devra partir à la recherche d'une débile mentale disparue du domicile paternel. Détail insolite, la jeune fille mesure deux mètres et pèse cent kilos !... Son créateur l'avait mis en scène dans un cinquième roman. malheureusement inachevé à cause du décès de Scerbanenco le 27 octobre 1969 à Milan.

Duca Lamberti, comme l'a indiqué son créateur, ne ressemble à aucun modèle : " Je voulais créer un personnage qui soit avant tout humain, et Policier ensuite ; un personnage humain, vrai, je voulais qu'il soit italien et, contrairement à la tradition anglo-saxonne, "européen". Il semble bien que le personnage créé par Scerbanenco corresponde à cette définition. Duca Lamberti est marqué par la vie, par le destin pourrions nous dire, notamment cette condamnation qu'il a subie pour avoir fait un choix humain dans sa fonction de médecin. Par la suite, il est accablé par les malheurs qui assaillent sa famille et il se culpabilise mais... dans sa troisième enquête, pris entre son travail de flic et sa nièce malade qu'il faut soigner d'urgence, il choisit l'enquête. Ce qu'il regrettera encore...

 Homme sensible, inquiet, en proie à des choix parfois douloureux car il n'est  jamais sûr de rien, il est aussi capable de terribles colères dès que la bêtise et le crime le narguent. Parfois son comportement vis-à-vis de suspects ou de truands s'accommode mal des règles élémentaires de la défense. Il est capable de les tabasser pour les obliger à parler, leur tend des pièges pour mieux les manoeuvrer. Il sait être cynique et on peut penser que son créateur exprime certains de ses points de vue par sa bouche, jugeant ainsi avec sévérité le monde du crime et du banditisme... Lamberti n'est "ni le traditionnel maréchal des carabiniers qui joue à la belote, ni le non moins traditionnel Maigret accommodé à la sauce romaine, mais bien un Italien d'aujourd'hui, (Scerbanenco).

Côté coeur, la vie de Duca n'est guère remplie. Dans sa première enquête, Lamberti a été aide par Livia Ussaro, une jeune femme professeur d'histoire qui sera défigurée à vie par un truand. Elle traînera ainsi toute son existence avec des cicatrices, un peu de tristesse et beaucoup de caractère. Son amour affectueux pour Duco saura se réfréner pour lui laisser mener ses enquêtes à sa guise sans qu'elle soit toute la journée pendue à son cou. C'est une passion discrète même si Duca appelle Livia "sa petite Minerve personnelle, la sagesse faite femme ".

Dernier détail sur Duca Lamberti, son comportement vis-à-vis des homosexuels ou des lesbiennes date un peu. Ses propos à leur égard sone particulièrement déplaisants et il considère leur comportement comme une tare. Personne ne peut être parfait, même Duca Lamberti !

 

Claude MESPLÈDE

 

Fiche pare dans le n°9 de la revue Encrage