Hard-Boiled Dicks
L'intégrale
du n°1 au n°22

En 1980, las de ne pas recevoir de réponses des quelques revues spécialisées dans le roman policier auxquelles il a envoyé des textes, Roger Martin, professeur de lettres, auteur d'une vingtaine d'articles sur la littérature française du XIXème siècle, lance son propre "fanzine", Hard-Boiled Dicks (Les Durs à cuire), entièrement consacré au roman noir américain.

Le travail est ardu (Internet n'existe pas, les agents d'auteurs ne répondent pas toujours, les auteurs non plus) mais il peut rencontrer en France Marvin H. Albert (alias Al Conroy, Nick Quarry etc) qui, enthousiasmé par le numéro 1 qui lui est consacré, l'aidera à entrer en contact avec d'autres auteurs. Tout est à l'époque rédigé par Roger Martin. La frappe est faite sur microfilms par une amie et la mise en page et le tirage se font de nuit sur les machines de la Fédération de Meurthe et Moselle nord du Parti Communiste. L'"imprimeur" s'appelle Gilbert Boni, sidérurgiste autodidacte sachant tout faire de ses mains, et c'est lui qui s'occupera des douze premiers numéros.(Pour la petite histoire, Gilbert Boni deviendra en 1999  un des héros de la série que publie Roger Martin au Seuil, L'Agence du dernier recours, dont les deux premiers volumes ont paru.). L'encartage des milliers de feuilles se fait au domicile de Roger Martin. Epaulé par Edith, sa femme, Marc et Carole puis, plus tard, Alexandre, ses enfants. La diffusion se fait sur abonnements et par le biais de librairies spécialisées dont certaines profiteront scandaleusement de la vente de N° spéciaux : Chester Himes, par exemple). Hard-Boiled Dicks n'enrichit pas son créateur, mais grâce à lui, il  rencontre d'autres passionnés, des abonnés fidèles et fraternels, dont certains deviendront des collaborateurs de la revue: Claude Mesplède, Pierre-Alain Mesplède, Jean-Paul Schweighaueser, Jean-Jacques Schléret, Jacques Baudou, Claude Leroy. Robert Deleuse chapeautera avec brio un spécial Scerbanenco, Georges Tyras un Montalban. Des auteurs oubliés connaîtront des rééditions et une nouvelle jeunesse, des écrivains comme Joseph Hansen et Elmore Leonard s'y verront consacrer la première étude sérieuse de leur oeuvre. Mais, il est difficile de porter à bouts de bras pareille publication, d'autant que la revue compte plus souvent 60 pages que quarante. Et Roger Martin, prof de lettres en collège, est aussi militant communiste, adjoint au maire d'une ville de 11000 habitants, époux et père de famille parfois irrégulier. Et puis, il écrit.

En 1989, l'heure du choix intervient. Après 22 numéros, le Prix Maurice Renault de la meilleure publication au Festival du Polar de Reims en 1984, près de 300 abonnés à la période la plus faste, Hard-Boiled Dicks tire sa révérence. Mais les Mesplède, les Schléret, les Naudon, les Schweig, les Baudou et les Martin n'ont pas défriché en vain. L'ère qui suivra sera celle de la floraison des écrits d'amateurs (au sens noble : ceux qui aiment) et de leurs fanzines.